« Non monsieur mon mari ! Vous ne me ferez pas faire ce que vous voulez. Je suis féministe, et je ne reconnais pas l’autorité de l’homme ! Du reste je veux agir à ma guise. » Lasse de la vie domestique, Thérèse veut devenir député, mathématicien, artiste, général ou même ministre président de la chose publique. N’y tenant plus, elle renonce à sa poitrine et part à la conquête du monde sous le nom de Tirésias. Laissé seul en charge de la procréation, son mari goûte aux joies de la paternité en mettant au monde 40 049 enfants en un seul jour. Un exploit qui ne manque pas d’attiser curiosité et inquiétudes : même s’il n’est de richesse que d’hommes, autant de nouvelles bouches à nourrir pourraient bien mettre tout Zanzibar sens dessus dessous…
Loufoque, corrosif et génialement absurde, le drame surréaliste Les Mamelles de Tirésias écrit par Apollinaire lors de la Première Guerre mondiale frappe par son extrême modernité, avec ses interrogations sur l’identité des genres, les rôles des femmes et des hommes, et les multiples formes d’amour. Durant la guerre mondiale suivante, Poulenc en tire un court opéra bouffe drolatique et émouvant, dont chaque numéro est prétexte à un style ou un pastiche musical différent. L’œuvre séduit Britten qui en propose une adaptation pour deux pianos en 1955 pour en faciliter la diffusion. C’est cette «version mobile » que les artistes de l’Opéra Studio présentent en tournée régionale, dans un spectacle de Jean-François Kessler qui transporte les spectateurs petits et grands sur une plage de rêve, dans l’insouciance des années 1950.
En français
“No, husband of mine! You will not make me do what you want. I am a feminist, and I do not recognize the authority of man. Besides, I want to do as I please.” Bored of her domestic and submissive life, Thérèse dreams of becoming a politician, a mathematician, an artist, a general, or even president of the republic. When her breasts turn into balloons and float away, Thérèse marches off to conquer the world under the name of General Tiresias. Left alone to combat her campaign against childbirth, her husband discovers a flare for paternity, giving birth to 40,049 children in a single day. A feat that attracts as much curiosity as it does concern: although they say that people are the best resource, so many mouths to feed could ultimately spell disaster for Zanzibar.
Apollinaire wrote his silly, crude and thoroughly absurd surrealist play Les Mamelles de Tirésias during the First World War. It struck both a chord and a nerve with its radically contemporary style and exploration of gender identity, gender roles, and how love comes in myriad forms. During the Second World War, Poulenc adapted the story into a funny yet emotional comic opera in which each song is inspired by a different musical style or pastiche. Britten loved the piece so much that he composed an adaptation for two pianos in 1955 to make it easier to take on the road. It is this “mobile version” suited to all ages that the artists of the Opéra Studio perform in a regional tour staged by Jean-François Kessler, who transports spectators to a paradisiacal beach in the insouciant and carefree days of 1950s France.